Semaine de Rhumatologie Aix Les Bains

Congrès national de rhumatologie

Traitement thermal des lombalgies chroniques : revue systématique

Traitement thermal des lombalgies chroniques : revue systématique

R. Forestier, F.B. Erol Forestier, A. Françon

Centre de recherche rhumatologique et thermal, Aix-Les-Bains

 

Introduction

La lombalgie chronique est un enjeu de santé publique tant par le retentissement qu’elle a sur les capacités fonctionnelles des patients que par son coût économique et social. La lombalgie chronique est une pathologie fréquente. On considère qu’environ 80% des gens présenteront à un moment ou un autre de leur vie une douleur lombaire [1]. D’autre part, la lombalgie touche fréquemment des sujets pendant les périodes où ils sont les plus productifs [2]. Des études épidémiologiques font, de surcroît, apparaître une augmentation de la prévalence de la lombalgie (de 3,9% en 1992 à 10,2% en 2006 dans la population américaine [3]). Dans une étude réalisée en 2010, on a estimé que la lombalgie était, par ordre de fréquence, au 6ème rang des 271 pathologies étudiées, avec une prévalence de 9,4% et la première cause d’invalidité dans le monde soit 58.2 millions de DALYs (nombre d’années vécues avec un handicap)[4]. Un certain nombre de recommandations de bonnes pratiques cliniques ont proposé le traitement thermal dans cette indication [5,6], essentiellement sur la base d’études réalisées par l’université de Nancy dans les années 90 [7,8,9]. Malgré leurs qualités, ces travaux ont certaines limitations méthodologiques : absence de critère principal, d’analyse en intention de traiter. D’autre part, elles utilisent un design de cure immédiate-cure différée qui pourrait surestimer l’effet du traitement thermal. Le but de cette revue est d’identifier le meilleur niveau d’évidence sur l’effet des cures thermales ou d’un de ses composantes sur la lombalgie chronique.

Méthode

Origine des données : Recherche systématique sur la base de données MEDLINE par Pub med et recherche complémentaire sur la Cochrane Central Register of Controlled Trials database et sur la base données PEDRO pour tous les articles publiés jusqu’en janvier 2016. Critères d’éligibilité : Les essais étaient inclus s’ils étaient comparatifs, si l’un au moins des groupes avait une lombalgie avec des résultats séparés, si la cure thermale ou n’importe quelle technique d’hydrothérapie ou de fangothérapie utilisait de l’eau thermale et si le traitement était comparé à n’importe quelle autre intervention ou à l’absence de traitement. Méthode d’analyse et de synthèse des données : La validité statistique, la validité externe, la qualité d’évaluation des effets indésirables sont évalués par une grille de notre conception. Le risque de biais (validité interne) est évalué par la grille CLEAR NTP. Le biais de publication est évalué par la méthode graphique de Sutton. Compte tenu de l’hétérogénéité des programmes proposés, des durées de soins et des traitements témoins, nous n’avons pas pu réaliser de méta-analyse.

Résultats

320 essais ont été identifiés et un essai supplémentaire a été ajouté de nos données personnelles. Après lecture des abstracts ou parfois du texte de l’article, il restait 21 articles correspondant aux critères d’inclusion dont 17 articles ou le texte complet était disponible, représentant 2146 patients. 4 études ont une validité interne élevée (8 à 10/10, n=833 patient), 7 ont un risque de biais moyen (7 à 5/10, n=549), 6 articles ont une validité faible et ne seront pas discutés (<5/10, n=764). Avec une validité interne externe et statistique, l’étude de Franke et al. n’a pas trouvé de différence entre les bains riches en Radon et l’eau du robinet sur le critère principal (douleur) chez des patients lombalgiques réalisant conjointement un programme multidisciplinaire [10]. Avec un certain nombre de réserves sur le risque de biais, l’article de Constant et al. [8] est en faveur d’un effet bénéfique de la cure thermal pour la douleur, les capacités fonctionnelles et la consommation médicamenteuse à 3 semaines et 6 mois. En raison du grand nombre d’analyses et comme aucune correction de Bonferroni n’est effectuée, il y a un risque significatif de faux positif par hasard statistique. D’autre part, la différence est probablement favorisée par une surprenante aggravation du groupe témoin alors que dans la plupart des essais le groupe témoins s’améliore. Avec quelques réserves sur la validité, l’article de Constant et al. [9] est en faveur d’un effet de la cure thermale sur la lombalgie chronique. L’effet est significatif pour la qualité de vie (critère principal) mais aussi sur la douleur, les capacités fonctionnelles mais pas pour la mobilité lombaire ni pour la consommation médicamenteuse. Dans cet essai, il y a aussi une surprenante aggravation du groupe témoin. Avec quelques réserves sur la validité et un manque de puissance statistique, l’étude de Kulisch et al. [11] montre que les bains dans l’eau thermale ne sont pas supérieurs aux bains dans l’eau du robinet si on fait une correction de Bonferroni pour prendre en compte les 32 tests statistiques réalisés. Le p est significatif à 0.0015 alors que toutes les valeurs sont rapportées avec un p à 0.05. Avec une validité moyenne, l’étude de Brockow et al. ne trouve pas d’effet additionnel des injections de CO2 chez des traités par physiothérapie [12]. L’étude de Tefner et al. a une validité interne moyenne mais les 43% de perdus de vue dans le groupe contrôle ne permettent aucune conclusion fiable [13]. Les autres études avec un risque de biais moyen manquent de puissance statistique sauf l’étude de Onat et al. mais celle-ci a un effet traitement de 1.98 qui ne parait pas cohérent avec les autres essais dans le même domaine et fait suspecter des biais non détectés par l’analyse méthodologique [14].

Conclusion

Les programmes multi composants proposés en cure thermale semblent capables d’améliorer la douleur, les capacités fonctionnelles et parfois la consommation médicamenteuse ou la qualité de vie dans la lombalgie chronique. Les bains en radon et les injections de CO2 ne semblent pas apporter de bénéfice additionnel à des programmes multi composants délivrés dans les centres thermaux. Globalement, le niveau de preuve est insuffisant pour toute conclusion définitive et des essais plus rigoureux sont nécessaires pour déterminer l’effet du traitement thermal dans la lombalgie chronique.

 

Bibliographie

1. World Health Organization. WHO Technical Report Series. The burden of musculoskeletal conditions at the start of the new millennium. Geneva: World Health Organization; 2003.
2. Ehrlich GE, Khaltaev NG. Low back pain initiative. Department of Noncommunicable Disease Management. Geneva: World Health Organization; 1999.
3. Freburger JK, Holmes GM, Agans RP, Jackman AM et al. The Rising Prevalence of Chronic Low Back Pain. Arch Intern Med. 2009;169(3):251-8.
4. Hoy D, March L, Brooks P, Blyth F et al. The global burden of low back pain: estimates from the Global Burden of Disease 2010 study. Ann Rheum Dis 2014;73:968-74.
5. Nachemson A, Van Tulder M, Vingard E, Johnsson E, Waddel G, Enström C and al. Swedish Council on Technology Assessment in Health Care. Neck and back pain. The scientific evidence of causes, diagnosis and treatment. Stockholm: SBU; 2000.
6. Delcambre B, Jeantet M, Laversin F, Auberger T et al. Diagnostic, prise en charge et suivi des malades atteints de lombalgie chronique. HAS / Service des recommandations et références professionnelles / Décembre 2000.
7. Guillemin F, Constant F, Collin JF, Boulangé M. Effectiveness of spa therapy in chronic low back pain - Br J Rheum, 1994: 33, 148-51
8. Constant F, Collin JF, Guillemin JF, Boulangé M. Effectiveness of spa therapy in chronic low back pain: a randomized clinical trial. J Rheum 1995; 22, 1315-20
9. Constant F, Guillemin F, Collin JF, Boulangé M. Spa therapy appears to improve the quality of life of sufferers from chronic low back pain. Medical Care 1998; 36 (9):1309-14
10. Franke A, Franke T. Long-term benefits of radon spa therapy in rheumatic diseases: results of the randomised, multi-centre IMuRa trial. Rheumatol Int 2013;33:2839-50.
11. Kulisch A, Bender T, Németh A, Szekeres L. Effect Of Thermal Water And Adjunctive Electrotherapy On Chronic Low Back Pain: A Double-Blind, Randomized, Follow-Up Study. J Rehabil Med 2009; 41: 73-9.
12. Brockow T, Dillner A, Franke A, Resch KL. Analgesic effectiveness of subcutaneous carbon-dioxide insufflations as an adjunct treatment in patients with non-specific neck or low back pain. Complement Ther Med. 2001 Jun;9(2):68-76.
13. Tefner IK, Németh A, Lászlófi A, Kis T et al. The effect of spa therapy in chronic low back pain: a randomized controlled, singleblind, follow-up study. Rheumatol Int. 2012;32(10):3163-9.
14. Onat ŞŞ1, Taşoğlu Ö, Güneri FD, Özişler Z et al. The effectiveness of balneotherapy in chronic low back pain. Clin Rheumatol. 2014;33(10):1509-15.

 

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